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9 décembre 2018

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Les lumières de Noël ont envahi nos rues. Rien qu’à venir jusqu’ici, on est comme illuminé.

Et puis il y a le noir. Le noir de la nuit tombée, mais aussi le noir d’une actualité mondiale qui plombe les nouvelles et le téléjournal. Et on ne sait plus très bien ce qu’il faut regarder : la nuit, les lumières ?

Ce soir, nous nous installons dans un îlot de lumière et de chaleur. Avec un orgue, un orchestre, des solistes et un choeur pour faire vibrer l’instant. Un instant d’avant Noël pour penser à la lumière et au noir.

 

Bienvenue à vous pour ce moment de musique, de parole et de lumière.

Texte méditatif

La nuit ne serait jamais que nuit

Si le cri d’un tout-petit ne l’avait désarçonnée.

Les ténèbres ne seraient jamais que ténèbres

Si la lumière ne s’était risquée à les découdre.

Le malheur ne serait jamais que le malheur

Si un visage n’en avait partagé la lourdeur.

 

Noël est une mémoire qui enfante l’histoire,

Une promesse ourlée à la détresse,

Une parole à l’aplomb du monde,

Pour ouvrir une faille,

Pour éclairer la paille,

Pour inciter aux semailles.

 

Dieu en l’humain est toujours possible

Pour qui accueille sa fragilité

Comme un berceau.

(Francine Carrillo)

Lecture biblique : Esaïe 9,1-6

Noël sans Noël

C’est la cantate de Noël que nous entendons ce soir, enfin, l’une des cantates de Noël, car ce musicien prolifique en a écrit cinq. Mais celle-ci est la première, composée en 1713, à 28 ans, alors que Bach était un organiste débutant, pas encore à Leipzig. Une cantate brillante comme l’avez remarqué dès le début. Mais, avez-vous remarqué aussi que cette cantate de Noël est une cantate sans Noël ? Je veux dire, on n’y trouve aucun des motifs typiques de Noël présents dans les autres cantates composées pour l’occasion : ni étoile, ni anges, ni bergers, ni mages, pas même un chant de Noël. Juste une mention de la crèche, mais à part ça, rien. C’est Noël sans Noël. Etonnant, non ?

Enfin, pas tant que ça. Parce que c’est ce qui arrive à Noël aujourd’hui. Ce que certains appellent les « vieilleries de Noël » disparaissent, ensevelies sous les lumières des vitrines et la frénésie des achats. Jésus n’est plus l’hôte de la fête, mais le père Noël, et les rennes tirant son traîneau ont remplacé l’âne et le bœuf de la crèche. Rassurez-vous, je ne vais pas entonner une tirade sur la commercialisation de Noël. Comme vous, je pense, j’aime recevoir des cadeaux. Mon souci, c’est que nous cultivons un Noël hors sol. Un Noël sans mémoire. Un Noël dont les racines, dont l’origine, dont la source ont été refoulées pour y construire le temple de la consommation.

Alors, je vais faire comme Bach. Je vais vous dire Noël sans Noël. Je vais vous dire l’incroyable nouvelle de Noël sans son folklore traditionnel. Sans étoile, ni ange, ni bergers, ni mages. Je vais vous dire la source de Noël. Et pour cela, j’emprunte la voix du conte.

C’était il y a très longtemps.

Il était un roi, un roi qui possédait un grand royaume, et qui était un grand sage. Ce roi avait un fils, qui était aussi un sage. Et le roi, qui sentait qu’il se faisait vieux, appela un jour son fils et lui confia quelque chose à l’oreille. Le fils hocha gravement de la tête.

Dans le royaume, un village inquiétait le roi. Dans ce village, les habitants n’aimaient pas les étrangers. Mais pas du tout. A tel point qu’ils avaient inventé un test. L’étranger qui voulait habiter le village devait tenir une coupe en or pleine d’eau à ras bord et traverser toute la place sans laisser tomber une seule goutte par terre. S’il réussissait, il pouvait garder la coupe ; s’il échouait, on le mettait en prison. Mais les villageois étaient tranquilles : personne n’avait encore réussi le test. Le trajet que suivait l’étranger était bordé à droite d’une rangée de flatteurs et à gauche d’une rangée de moqueurs. Les flatteurs sont ceux qui disent de gentilles choses qu’ils ne pensent pas, les moqueurs sont ceux qui disent de méchantes choses qu’ils pensent.

Le premier étranger qui tenta la course de la coupe d’or ce jour-là fit quelques pas, mais très vite il fut impressionné par les moqueurs qui lui criaient : « mais tu n’y arriveras pas, allez, renonce, ça ne vaut pas la peine ». Il trébucha, de l’eau tomba à terre, et la course s’est arrêtée là. L’étranger a été mis en prison. Les gens du village étaient très contents.

Un autre étranger se présenta. On lui expliqua qu’il devait traverser toute la place sans faire tomber une goutte d’eau de la coupe. Il commença à marcher et au début tout s’est bien passé. Il n’écoutait pas les moqueurs. Mais ce qu’il entendait des flatteurs lui plaisait . « Magnifique, bravo, tu as réussi jusque-là, continue tu es le plus fort ! ». Il écoutait si bien les flatteurs qu’il se laissa distraire par leurs compliments, il s’encoubla et la coupe se vida à moitié par terre. On le mit lui aussi en prison.

Le prince alors s’avança. On ne le reconnut pas et il se fit passer pour un étranger. On lui apporta comme aux autres la coupe pleine, on lui montra la place à traverser et il se mit en route. Il faisait bien attention à ce qu’aucune goutte ne passe le bord de la coupe. Les moqueurs se déchaînaient sur son passage, en le traitant de tous les noms, mais il ne bronchait pas. Les flatteurs se faisaient de plus en plus insistants au fur et à mesure qu’il avançait, mais il ne tournait pas la tête vers eux. Et finalement il arriva de l’autre côté de la place, portant la coupe qui n’avait pas perdu une seule goutte d’eau. Les villageois étaient furieux, mais ils ont dû s’incliner devant la réussite de l’homme. Et ils lui ont demandé : mais comment as-tu fait pour n’écouter ni les moqueurs ni les flatteurs ? Et le prince a répondu : « Un jour, mon père m’a fait venir. Et il m’a dit : “Tu es mon fils, mon fils bien-aimé. Mon amour pour toi durera toujours”. Alors, quand j’entendais les moqueurs ou les flatteurs, je me répétais intérieurement ce que mon père m’avait dit. Et ce qu’ils disaient ne m’atteignait pas. Je suis son fils bien-aimé, et rien ne compte à côté de ça. »

Les villageois lui ont dit : alors, maintenant, tu peux garder la coupe en or. Elle est à toi. « Non, a répondu le prince. La coupe ne m’intéresse pas. En revanche, j’aimerais que vous libériez les étrangers que vous avez emprisonnés. » Les villageois ont été surpris, mais trop contents de pouvoir garder la coupe en or, ils ont accédé à sa demande. Les prisonniers ont été libérés.

Et avec eux, le prince organisa un grand repas qui se termina tard dans la nuit.

 

Voilà l’incroyable nouvelle de Noël. Un Dieu qui murmure à notre oreille : tu es mon enfant, mon enfant bien-aimé. Je tiens à toi comme à l’enfant de la crèche, je ne te laisserai jamais. Une étoile brille sur toi.

(conte inspiré par un texte de Shafique Keshavjee)

Texte méditatif

Vivre en ce monde,

les yeux fixés sur la lumière

que ni moqueurs ni flatteurs ne peuvent éteindre.

 

Vivre en ce monde,

en cueillant l’étincelle nichée au creux de nos fragilités.

 

Vivre en ce monde,

en soufflant sur la braise de la tolérance et de la bienveillance.

 

Vivre en ce monde,

le coeur gros de la souffrance des autres.

 

Vivre en ce monde,

pour le rendre vulnérable au Dieu d’amour.

 

Vivre en ce monde,

Comme les enfants chéris de Dieu.




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