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11 mars 2018

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L’Union chorale de la Tour-de-Peilz est là avec sa directrice Céline Grandjean, l’ensemble instrumental est là pour les accompagner, les solistes sont là, l’organiste est là pour ouvrir, conclure et nous faire chanter, et surtout vous êtes là. Merci. Nous allons nous offrir, les uns aux autres, une heure de musique, de parole et d’écoute pour ce dimanche 11 mars. Qui est un dimanche du milieu. Nous sommes au milieu du Carême, cette période de quarante jours qui conduit jusqu’à la Passion et à Pâques. Le Carême est l’occasion de penser, de repenser la fragilité de la vie, la souffrance qui peut nous visiter. La cantate aujourd’hui nous y aidera.

Texte méditatif

Pour entrer, un texte de Francine Carrillo, une théologienne de Genève.

Depuis l’aube des temps, Tu es
et ton nom passe dans notre histoire comme passe la source au désert.
Que savons-nous de toi,
Sinon cette faim en notre cœur qui nous tient vivants ?
Depuis l’aube des temps, Tu es
Et ton nom résonne de mille noms au creux de nos vies.

Nom de route
aux jours où monte la tentation de s’arrêter.
Nom de paix
dans la violence qui barre nos relations.
Nom de tendresse
quand la morsure de la solitude se fait vive.
Nom de confiance
quand tout ressemble à rien.
Nom d’avenir
quand demain se dérobe.

Depuis l’aube des temps, Tu es
et ton nom chaque jour nous invente un chemin.

(Traces vives, 32006)

Lecture biblique

Nous sommes au milieu du Carême. C’est pourquoi je vous propose d’entendre ce passage des derniers moments de Jésus sur la croix.

Evangile de Marc 15,31-39

Méditation

Pourquoi m’as-tu abandonné ?

Eh bien, pour une fois, je vais dire non.
Rassurez-vous, il m’arrive de dire non dans la vie… Mais je vais dire non au texte de cette cantate, au livret de la cantate.
Je sais que vous ne venez pas ici, d’abord, pour vous pencher sur le livret. Mais tout de même, une cantate, ce sont des paroles mises en musique. Des paroles sublimées par la musique. Et celles-ci… non, vraiment non.
Dans le grand récitatif de la basse, vous avez entendu :
Mon père m’aimera toujours, il me protège même s’il me jette à la mer.
Je ne sais pas si tous les enfants seraient d’accord, mais passons.
Quand on entend ensuite :
Que Satan se déchaîne, soit transporté de fureur et tonne, le Dieu puissant nous rendra invincibles.
On ne peut qu’être d’accord. C’est après que tout se gâte :
Je pense à la façon dont Jésus n’a pas eu peur d’affronter mille souffrances. Il les a vus comme une source de joie éternelle. Et pour toi qui es chrétien, l’angoisse, le tourment, la croix amère et la douleur seront pour l’amour de Jésus salut et délices.
La douleur, une source de joie, vraiment ?
Cette spiritualité a un nom : le dolorisme. Elle comprend la souffrance comme une épreuve reçue de Dieu, et dont le croyant peut se réjouir car en elle il trouvera le salut à l’instar de son Seigneur. C’est une dérive du christianisme qui fut, il est vrai, à la mode.

Comme j’étais très dérangé par ces paroles, je suis allé regarder qui les avait composées. L’auteur du livret : un certain Paul Gerhardt né en 1607, théologien luthérien, pasteur et écrivain, dont Bach a souvent repris les textes. On n’est pas certain que tout le livret de cette cantate vienne de lui, mais une bonne partie. Et visiblement, Gerhardt était adepte du dolorisme.
Quand on s’intéresse un peu à sa vie, on comprend. Au XVIIe siècle, les guerres ruinent le pays, les maladies font des ravages et la mort rôde. Gerhardt a fait ses études de pasteur dans un institut qui a failli être fermé parce que la peste avait emporté la majorité des élèves. Des cinq enfants qu’il eut avec sa femme, un seul a survécu à l’âge adulte. Penser que la douleur est envoyée par Dieu devient presque une solution de survie, si on ne veut pas sombrer dans le désespoir.

Si je dis non, c’est parce que je lis le récit de la Passion. Et au creux de la Passion, il y a cette prière de Jésus à Gethsémané avant qu’il soit arrêté : Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! (Mc 14,36). C’est la coupe amère de la souffrance, la coupe du supplice atroce, qu’il demande à Dieu de lui épargner. Et puis – mais après combien d’heures de prière et de supplication – le soupir : Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! Jésus n’a pas accueilli la perspective de sa mort comme « une source de joie éternelle », non. La souffrance s’est invitée chez lui en hôte indésiré.

Sa dernière parole sur la croix, son dernier cri, fut : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?(Mc 15,34). Et là surgit la question : Dieu qui abandonne Jésus, est-ce possible ? Cette parole est le moment le plus énigmatique de la Passion. Comment la comprendre ?
Pour ma part, je la comprends ainsi : il y a bien un Dieu qui abandonne Jésus. Il y a bien une image de Dieu que Jésus doit quitter : l’image d’un Dieu tout-puissant qui viendrait l’arracher au mal, l’image d’un Dieu qui lui épargnerait le dur chemin de la souffrance et du mourir. C’est le dieu de notre imaginaire, le dieu de nos peurs, le dieu de l’enfant. A ce dieu-là, Jésus doit renoncer.
Mais ce n’est pas pour sombrer dans l’absence de Dieu. C’est une autre image de Dieu que la croix nous donne à voir. Juste après la mort de Jésus, raconte l’évangile, le rideau du Temple de Jérusalem se déchire du haut en bas. Le Temple était connu pour être la résidence de Dieu. Le rideau qui se déchire, c’est Dieu qui s’évade du Temple et n’y habite plus. Dieu s’évade pour habiter où ? Désormais, Dieu est présent dans un corps supplicié, le corps de Jésus pendu au bois. Désormais, Dieu habite le silence de cette mort. Désormais, Dieu est présent à toute souffrance humaine. 

Paul Gerhardt avait raison de lier Dieu à la souffrance. Mais pas comme il l’a dit. La Passion de Jésus nous fait découvrir que Dieu n’est ni le magicien qui efface la douleur, ni le tyran pervers qui nous ferait goûter la souffrance et la trouver délicieuse. Dieu est présent comme celui qui, avec nous, lutte contre le mal. Il est présent comme le compagnon caché de nos détresses. Il est présent comme celui qui nous permet de tenir debout malgré la violence du vent. De rester vivant jusqu’à la mort. Vivant, jusqu’à la mort.

Texte méditatif

Je vous invite à partager cette confession de foi d’un auteur inconnu, mais c’est une voix qui pourrait nous être proche.

Dieu,

Tu es le compagnon caché
dans notre aventure humaine.
Tu es de tous nos voyages.
Tu es sur nos grandes routes
et nos chemins de traverse,
Sur nos terres ensoleillées
et dans nos bas-fonds obscurs.
Tu es présent à nos aurores
présent à nos crépuscules.

Reste avec nous
quand il fait jour
Reste avec nous
quand il fait nuit.




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