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9 mars 2014

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Il revient chaque année, peu avant le printemps,
mais cette année le printemps l’a devancé.
Il revient chaque année
comme un chemin qui s’ouvre à un carrefour
et nous pouvons le suivre
ou passer tout droit en attendant Vendredi-saint et Pâques.
Il s’est ouvert, le temps du Carême.
Suivre ce chemin de quarante jours, c’est emprunter la route
qu’un autre avant nous a tracée : « Jésus prit les Douze avec lui ».
Un chemin rocailleux,
ombre et soleil, silence et méditation,
un chemin qui ressemble à notre vie
et qui conduit de la vie à la vie
en passant par la mort.
Bienvenue à vous, au seuil de ce Carême.
Vous avez choisi d’être là, d’emprunter le chemin,
et c’est bien.

« Jésus prit les Douze avec lui ».
Pour prendre le chemin de Carême,
Jésus a pris avec lui ses amis. Ses plus proches.
Et depuis, chaque année, il nous est proposé de prendre le chemin avec lui, avec eux.
Il est des chemins balisés, rassurants,
où l’on avance sur ordre, pilotés, contrôlés.
Il est des chemins sinueux où l’on se perd et il faut rebrousser chemin.
Il est des chemins où l’on se trouve,
parce qu’ils nous renvoient à nous-mêmes,
parce qu’ils nous permettent de descendre en nous-mêmes,
nous interroger sur nos valeurs,
sur nos richesses encombrantes et nos pauvretés fécondes,
sur la trace que nous laissons,
laver notre regard de ses fatigues
et nous ouvrir à l’émerveillement,
songer à la vie qui passe et à la mort qui est notre horizon.
Prendre le chemin du Carême comme on part à la découverte de soi,
parce qu’un autre nous a précédés
et qu’il y a découvert la vie
qui surplombe la mort.

Lecture biblique :
Luc 18,31-34

Temps de parole

Jésus prit les Douze avec lui

...mais pourquoi ? Etait-il vraiment nécessaire de prendre avec lui ses intimes, ses compagnons de vie choisis un par un là-bas en Galilée – ils n’étaient ni des héros, ni des surdoués, ni des saints, plutôt des gens comme vous et moi, et c’est pourquoi quand l’évangile parle des disciples de Jésus, nous nous sentons immédiatement concernés. Jésus les prend avec lui, mais eux ne s’étaient pas inscrits pour ce voyage à Jérusalem.

La Galilée, ça va. On est en pays de connaissance. Jésus a été apprécié. Après tout il parle bien, surtout il parle vrai, et il a guéri bien des malades. Son Dieu est un Dieu rayonnant, le Dieu du bonheur, le Dieu du cadeau, le Dieu de la santé… Bon, il y a eu quelques escarmouches avec les scribes qui sont des théologiens pointilleux. On ne plaisante pas avec eux quand on parle de Dieu. Le bien c’est comme ça, le mal c’est comme ça… c’est fou ce qu’ils ont réponse à tout. Avant de connaître les gens, ils vous disent s’ils sont du bon ou du mauvais côté. Ils ont un Dieu portatif, qui voyage toujours avec eux… et voilà que Jésus venait brouiller les cartes. Disant que Dieu est d’abord celui qui accueille et non celui qui enfonce, que Dieu est du côté soleil. Que Dieu croit en l’homme bien plus que l’homme ne croit en lui.

Il y a eu des disputes théologiques, mais dans l’ensemble, ça se passait bien. Pourquoi monter à Jérusalem ? Et pourquoi prend-il les Douze avec lui ? Et pourquoi chaque année, au printemps, reprend-on avec Jésus et comme les Douze le long chemin du Carême qui mène de Jérusalem à Vendredi-saint et à Pâques ?

Prenant les Douze avec lui, Jésus leur dit: “Voici que nous montons à Jérusalem et que va s'accomplir tout ce que les prophètes ont écrit au sujet du Fils de l'homme”... Mais eux n'y comprirent rien. Cette parole leur demeurait cachée et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire.

Ils n’ont rien compris.
Ils étaient pourtant aux premières loges. Deux ans de compagnonage, c’est assez pour cerner le personnage, non ? Mais ils n’ont pas compris, et l’évangéliste Luc, qui a dû être tenté de biffer ce détail pour ne pas gâcher la mémoire des disciples, l’évangéliste en a conservé la mémoire. Et il insiste : « Ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire ».

Le message n’était pas clair ? Si, pourtant : il y a de la souffrance devant. Des moqueries, des outrages, des crachats. Et une mort misérable, avec un corps pendu au bois. Nuit et brouillard. Ca n’est pas clair, ça ?

Oui, c’est clair, ou plutôt c’est d’une sombre clarté : le destin des hommes injustement torturés, la plainte des femmes violées et les pleurs des enfants abandonnés, la douleur des amis trahis et la stupeur des soldats sacrifiés. Cette sombre clarté n’est ni d’hier, ni d’aujourd’hui, ni de demain, elle est de toujours. C’est la face ténébreuse de notre histoire humaine, l’histoire des victimes et des héros anéantis. Chaque jour dans le monde, et pas seulement en Ukraine, des hommes et des femmes meurent pour avoir chanté la liberté. Ils auraient pu le comprendre, ça, les Douze. Ils auraient pu savoir que ce chant de la liberté qu’ont été les paroles et les gestes de Jésus finirait mal. On ne milite pas impunément contre les frontières qui séparent les humains les uns des autres.
Mais les Douze n’étaient pas stupides. Ils devaient savoir que ça finirait mal. Et que Jésus finirait comme bien d’autres prophètes avant lui, ils l’avaient certainement envisagé, ils en avaient parlé entre eux à voix basse. En espérant que ce n’était qu’un risque et pas une certitude.
Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est autre chose. Et c’est pour tenter de comprendre ¬ non, peut-être pas comprendre, mais au moins approche cette autre chose – qu’année après année, il nous est proposé avec le carême d’être comme les Douze que Jésus prend avec lui. Cette autre chose tient en trois mots : Fils de l’homme. C’est le Fils de l’homme qui va souffrir et mourir de souffrance. Jésus ne dit pas : voilà ce qui va m’arriver, mais : voilà ce qui va arriver au Fils de l’homme.
Or le Fils de homme, c’est l’image de Dieu, l’icône de Dieu, celui dont Israël se disait : avec lui, quand il viendra, on verra Dieu en transparence.
Jésus ne dit pas aux Douze : ma vie va mal finir, parce que j’ai pris trop de riques. Il ne dit pas : je vais prendre ma place dans la longue file des martyrs. Non, il parle du Fils de l’homme, donc de la manière dont Dieu se laisse trouver. Désormais, c’est dans un corps pendu au bois que se laisse troouver le Dieu tout-puissant. Désormais, c’est dans la fragilité d’un cri que Dieu s’infiltre. Dieu n’est dornénavant étranger à aucune douleur, aucune souffrance. Dieu est à jamais solidaire de l’homme blessé. Et quiconque veut justifier l’usage de la violence au nom de Dieu commet un blasphème. Dans les pages sombres de son histoire, parfois, le christianisme a blasphémé en brandissant Dieu pour légitimer sa violence contre les autres. Or, l’homme défiguré par la violence d’autrui est une atteinte à l’honneur de Dieu. Dieu s’est à jamais rangé du côté des victimes.

Cette parole leur demeurait cachée et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire.

Effectivement. Il y a de quoi en perdre ses repères. Ou plutôt : de quoi en chercher d’autres. Un Dieu qui quitte nos fantasmes de toute-puissance pour habiter notre humanité avec ses failles, notre humanité entière. Dieu n’est plus là.bas, mais ici. Vous... comprenez ?




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